Je vais dans quelques heures quitter les parfums d'été pour les délices glacés de la capitale. Ici, l'hiver, ce n'est qu'une pluie fine de feuilles jaunies et des sapins de noël en néons verts qui clignotent. Le pont des lions, avec sa vue sur le Nil et les gratte-ciels, va me manquer.
Comme toujours, j'ai beaucoup appris ici. J'ai gagné en aisance dans la ville que j'ai arpenté en taxi, pour me rendre à la Société de géographie, aux archives nationales, chez les jésuites. Le métro m'est devenu familier, ainsi que le marchand de sandwich (j'ai encore perdu deux kilos, ici. Le fameux régime IFAO est toujours aussi efficace). Ce que je trouvais laid en arrivant, me plaît aujourd'hui.
Je suis toujours aussi étonnée de l'indulgence (sarcastique) des Egyptiens envers la pauvreté de mon vocabulaire. Car, ils sont un peu moqueur dans le coin (ce n'est que justice à mon avis): il fallait me voir remplir un formulaire en arabe sous le regard rigolard de la conservatrice des archives (qui a achevé de le remplir elle-même, évidemment). Ce ne fut pas le meilleur quart d'heure de mon séjour, mais j'ai finalement pu consulter presque immédiatement les documents, alors que j'aurais du attendre 15 jours. Moqueurs donc, mais très serviables, à condition de se plier au jeu de la sociabilité.
Indiscutablement, j'ai progressé au fil des jours: alors qu'au début, les taxis voulaient toujours me traîner vers des restaurants ou des hôtels, ils veulent désormais m'amener à Zamalek (le quartier branché des expatriés). De touriste à expat.: c'est une promotion, non?
Bref, vous l'aurez compris, j'aime Le Caire.
Et vous serez d'accord avec moi, une ville qui a des chats en guise de pigeons, ne peut-être qu'une ville sympathique.
vendredi 5 décembre 2008
lundi 1 décembre 2008
Boeuf-cairote selon Hubert Haguet (2)
La recette du boeuf cairote, indique 500g de boeuf bourguignon, d'où le problème géographique
suivant : " le Caire est-il en Bourgogne ? ... ou vice versa ? "
Le boeuf cairote se nomme aussi boeuf mode. Qu'en conclure sur la mode du Caire ? ........Qu'elle
fait un effet boeuf !
Moralité :
Il faut habiller les vaches bourguignonnes avec des djellabas "Dior" pour en faire des boeufs
cairotes.
suivant : " le Caire est-il en Bourgogne ? ... ou vice versa ? "
Le boeuf cairote se nomme aussi boeuf mode. Qu'en conclure sur la mode du Caire ? ........Qu'elle
fait un effet boeuf !
Moralité :
Il faut habiller les vaches bourguignonnes avec des djellabas "Dior" pour en faire des boeufs
cairotes.
dimanche 30 novembre 2008
lundi 24 novembre 2008
Maalesh
Aujourd'hui, je suis allée chez les jésuites de la Sainte Famille, un endroit où je ne pensais vraiment pas remettre les pieds de ma vie (mais si! souvenez-vous! Novembre 2005! Le novice moustachu qui lève les yeux au ciel d'un air énamouré en me lançant "ô Loucccille! c'iitait le nom de mon prrrimière âmourre!")
Depuis, le choc culturel est un peu passé et je ne m'étonne plus de l'aspect décati des lieux, des approximations ("Ah, tiens! mes prédécesseurs tenaient un journal d'entrée des collections..."), des contre-temps ("hmm, le frère Régis du collège Khomfish devrait savoir où sont ces archives! Ah, il n'est pas disponible, il est en train de prier dans la chapelle! Il termine dans une demi-heure. Dommage, la bibliothèque sera fermée" ou encore "Regardez ce dossier. Je dis la messe et je reviens"), des agréments ("un gâteau? combien de cuillères de sucre dans votre thé?")
Le Père qui règne sur le collège m'accueille très gentiment. Il finit par exhumer un vieux dossier qui confirme qu'il n'y a rien d'intéressant pour moi là-bas ("Pour la peine, vous me devez une bise!")
Bref, ça reste toujours aussi folklorique.
Le retour le fut aussi: j'ai vu un cheval trainé sur une remorque (une simple plate-forme) sur le périph (apparemment, ça n'a surpris que moi. Une autre boursière m'a dit qu'elle a vu une vache trainée de cette manière). Puis, le taxi m'a fait faire trois fois le tour du Caire parce qu'il ne pouvait pas croire que je ne cherchais pas un hôtel (ici, un étranger, ça va à l'hôtel ou au restaurant). Du coup, je me suis énervée dans un salmigondi de français, d'arabe et d'anglais, au point que le pauvre s'est excusé ("ana asef"). C'est bien la première fois qu'on me demande pardon!
Grande dame, j'ai pardonné, bien sûr: Maalesh... c'est pas grave.
Est-ce que je commencerais à m'acclimater?
samedi 22 novembre 2008
Moment de grâce
Enfin les pyramides! toujours aussi spectaculaires, surtout de loin paradoxalement, car elles restent immenses, même par rapport à des forêts d'immeubles de quatorze étages. Ce spectacle magique a été rendu possible par Marie-Claude qui nous a fait visiter la ferme de sa belle-mère où une ravissante maison est en construction. Ibis, vaches, chiots vaguent entre les canaux d'irrigation, les manguiers et la palmeraie. Dans le ciel, d'une pureté et d'un bleu rarissime, un aigle tournoie à la recherche de sa proie du jour. Au bout du petit chemin, le sentier est fermé par une barrière rouillée. La porte s'ouvre, et derrière, s'étend aussitôt l'immensité du désert, jusqu'à la Lybie. Nous escaladons une dune: à notre gauche, les trois pyramides de Gizeh et à droite, les pyramides de Saqqarah. L'air y semble d'une incroyable pureté, rafraîchi par une brume presque marine. Ca sent le sable, ça sent l'été.
Et on capte même le réseau...
vendredi 21 novembre 2008
Mais si! c'est beau!
Après avoir mangé des tripes, de la langue et de la cervelle (le tout très épicé et typiquement égyptien) chez des sociologues français, je m'apprête à aller déguster des gaufres au sirop d'érable chez Marie-Claude.
Mais non, je ne fais pas que manger! j'ai aussi visiter le musée copte, un endroit vraiment magique.
Je redonne des nouvelles dimanche (ou samedi soir)
Et j'ajoute une photo pour prouver que l'Egypte reste un pays magnifique (quoiqu'en laisse penser mon mauvais esprit!)
Joli bar, non?
mercredi 19 novembre 2008
"Ils sont très religieux, et surpassent tous les hommes dans le culte qu'ils rendent aux dieux"
Hérodote, Histoires, Euterpe, L. II, ch. XXXVII.
samedi 15 novembre 2008
Business plan
Vous savez tous à quel point il est souvent difficile de venir habiter Paris pour un provincial (Je sais, on ne dit pas "un provincial", ça fait parisien. Humm, que dire, alors? "une Personne Habitant une Petite Agglomération"?) . Le bruit, la pollution, le stress, les transports, l'agressivité... opèrent une rupture trop brutale avec les campagnes idéalement vertes et des habitants toujours contents.
C'est là qu'intervient l'idée commerciale de génie!
Après ça, il découvrirait qu'il ne faut pas marcher sur les trottoirs (toujours trop étroits, trop haut, trop cassés) mais sur la chaussée, que la rue pue mais que les fleurs de frangipaniers dégagent une odeur exquise, que s'il y a un problème, il y a presque toujours quelqu'un pour vous aider (à mettre un coup de pied aux fesses aux morveux, par exemple).
Mais surtout que Paris, ouh, c'est mort! c'est propre ! Je ne sais pas vous, mais moi, quand c'est trop calme, ça me stresse...
Voilà l'idée, je lance les enchères...
Proposer un stage d'adaptation accéléré aux grandes capitales polluées en passant un mois au Caire!
L'aspirant Capitalois verrait ses poumons préparé aux effuves parisiennes par de la vraie pollution "visible" à base de paille de riz brûlée et de grains de sable. Il devrait s'entraîner à slalomer sur des trottoirs où il y a plus de nids de poule que sur un parcours de motocross. Il aurait le regard mithridatisé par l'accoutumance à la poubelle. Il s'habituerait au triste spectacle des pigeons écrasés en s'entraînant avec des chatons crevés. Il se ferait à la pierre de taille après une overdose de béton. Il s'habituerait aux parisiens qui font la gueule en se faisant taper (ce qui m'est arrivé pas plus tard que ce soir par un morveux de dix ans).Après ça, il découvrirait qu'il ne faut pas marcher sur les trottoirs (toujours trop étroits, trop haut, trop cassés) mais sur la chaussée, que la rue pue mais que les fleurs de frangipaniers dégagent une odeur exquise, que s'il y a un problème, il y a presque toujours quelqu'un pour vous aider (à mettre un coup de pied aux fesses aux morveux, par exemple).
Mais surtout que Paris, ouh, c'est mort! c'est propre ! Je ne sais pas vous, mais moi, quand c'est trop calme, ça me stresse...
Voilà l'idée, je lance les enchères...
jeudi 13 novembre 2008
mercredi 12 novembre 2008
Jolies colonies de vacances?
Les draps étiquetés de rouge, les joyeux repas sandwichs goût foul (fèves), oeuf ou aubergines (mais si, c'est bon!) entre boursiers, et les cafés turcs "mabsout" ("mabsout" étant au café, ce qu'"al-dente" est à la nouille) pourraient laisser penser que je suis en VACANCES. C'est oublier que nous sommes tous munis du code de la bibliothèque qui nous permet (nous intime?) de travailler à toute heure... Ayant personnellement le vulgaire besoin de dormir des faibles, j'y ajoute la tare d'écrire ce blog (un quoi?) et me carapate discrètement pour vous taper honteusement ces lignes. Le moins qu'on puisse dire, c'est que je ne suis pas encore beaucoup sortie de l'IFAO, si bien que ce n'est pas une vision très exotique (tant mieux?) de l'Egypte que je vous livre ici (d'où la rareté des photos)
Ah, si , hier je suis allée m'acheter à dîner! Et j'ai fait mes premiers pas en arabe, en demandant: "Sandwich fen?", ce qu'on pourrait traduire littérairement par "c'est par où le sandwich?" et miraculeusement j'ai été comprise... Il faut savoir qu'ici, de loin, j'ai du mal à faire la différence entre une boutique de sandwichs et un marchand d'enjoliveurs. (Et d'ailleurs, si quelqu'un a l'explication de cette déconcertante spécialisation, je suis preneuse!) Tout ce que je sais , c'est que la crise financière a de fortes répercussions ici, à cause notamment d'un effet de panique. Le prix de l'immobilier a augmenté de 40 pour cent en quatre mois, certaines denrées ont doublé comme le pétrôle ou le fer (mais je me doute que ce n'est pas une explication très satisfaisante pour ces enjoliveurs).
Bref, si le mystère des enjoliveurs reste entier, les difficultés économiques de l'Egypte, hélas, n'en sont pas un.
Dans le taxi, Rose, une égyptienne qui travaille à l'IFAO et qui m'accompagnait à la Société de Géographie, était étonnée de l'honnêteté du chauffeur (qui roulait dans le pire tacot que j'ai jamais vu et pourtant ce n'est pas la première fois que je viens en Egypte: j'ai du soulever le joint de la portière qui pendouillait lamentablement pour monter). Il avait rendu 36 portables dans sa carrière. Je raconte à Rose (pour l'anecdote, pas pour la morale) qu'au Japon, on a coutume de rendre un yen ou des millions. Et elle me répond, un peu triste, que la situation économique est si désastreuse en Egypte que les gens prennent ce qu'ils peuvent. Et ça m'a rappelé une phrase qui m'avait beaucoup marquée dans un texte pharaonique :
"Ne reproche pas le vol à celui qui n'a rien"
lundi 10 novembre 2008
Le Caire est une odeur
.

Une odeur d'humidité chaude, de moisi et de caoutchouc brûlé... tellement forte qu'on la sent avant même de descendre de l'avion.
Il est 21 heures, il fait 24° et avec ma panoplie de veuve corse (pantalon noir, T-shirt noir à manches longues, gilet noir) je commence déjà à avoir un peu chaud (curieusement, je ne ressens aucune compassion de votre part...).
Les minarets sont éclairés de tubes néons verts, une Renault 5 tunée (c'est-à-dire un taxi) fait une marche arrière sur une quatre voie pour prendre la bonne bretelle (la routine), les magasins sont ouverts, des amoureux se promènent main dans la main le long des jardins d'Al-Hazar, une mariée en robe de tulle violette, rougissante et sans voile, s'avance au bras de son mari, précédée d'un grand moustachu tout qui frappe un tambourin pour diffuser la bonne nouvelle. La voiture traverse un cimetière dont les maisons désertes ont l'allure d'un coupe-gorge.
Echoppes cruement éclairés, baraquements en tôle ondulée, et volatiles divers donnent le sentiment de traverser un village plutôt que la plus grande ville d'Afrique.
Mais trêve de cartes postales, venons-en aux faits:
Soulagement! Inch Allah! Je suis logée dans l'enceinte même de l'IFAO (Institut français d'archéologie orientale) et non pas dans les nouveaux locaux de l'autre côté de la rue (comprendre :une voie rapide) ! Je n'aurai donc pas à risquer ma vie deux fois par jour pour aller à la bibliothèque!
Merci! Alf Chokr! La société de géographie (mon sujet d'étude) se trouve sur le même trottoir que l'Institut!
Dieu est grand! Je sais dire "je voudrais un poulet-frites". Enfin autonome!
Et demain, je vous raconterai comment j'ai fait tombé dès le premier jour ma bague en argent dans le siphon de l'évier...
Et parce que l'Egypte est éternelle et que je vous gâte, dès aujourd'hui, un échantillon d'architecture!
Il est 21 heures, il fait 24° et avec ma panoplie de veuve corse (pantalon noir, T-shirt noir à manches longues, gilet noir) je commence déjà à avoir un peu chaud (curieusement, je ne ressens aucune compassion de votre part...).
Les minarets sont éclairés de tubes néons verts, une Renault 5 tunée (c'est-à-dire un taxi) fait une marche arrière sur une quatre voie pour prendre la bonne bretelle (la routine), les magasins sont ouverts, des amoureux se promènent main dans la main le long des jardins d'Al-Hazar, une mariée en robe de tulle violette, rougissante et sans voile, s'avance au bras de son mari, précédée d'un grand moustachu tout qui frappe un tambourin pour diffuser la bonne nouvelle. La voiture traverse un cimetière dont les maisons désertes ont l'allure d'un coupe-gorge.
Echoppes cruement éclairés, baraquements en tôle ondulée, et volatiles divers donnent le sentiment de traverser un village plutôt que la plus grande ville d'Afrique.
Mais trêve de cartes postales, venons-en aux faits:
Soulagement! Inch Allah! Je suis logée dans l'enceinte même de l'IFAO (Institut français d'archéologie orientale) et non pas dans les nouveaux locaux de l'autre côté de la rue (comprendre :une voie rapide) ! Je n'aurai donc pas à risquer ma vie deux fois par jour pour aller à la bibliothèque!
Merci! Alf Chokr! La société de géographie (mon sujet d'étude) se trouve sur le même trottoir que l'Institut!
Dieu est grand! Je sais dire "je voudrais un poulet-frites". Enfin autonome!
Et demain, je vous raconterai comment j'ai fait tombé dès le premier jour ma bague en argent dans le siphon de l'évier...
Et parce que l'Egypte est éternelle et que je vous gâte, dès aujourd'hui, un échantillon d'architecture!
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